! OUAF !

Journal

06 novembre 2008

Entretien

A la recherche d’un travail, on écrit des centaines de lettres, on doit appeler chacun des destinataires pour relance car cela est très rare d’être contacté en retour. Il est donc très agréable donc de recevoir un appel. Voici l’agréable surprise que m’a réservée Monsieur CF, revendeur de chaudières « écologiques ». Il me dit en avoir marre des jeunes qui ne savent pas ce que c'est que travailler, et c’est mon CV, un peu gêné a répété deux fois la même phrase, et ma présentation qui étaient très intéressants. Nous nous rencontrerons le mardi, il me dit avoir trois personnes ce jour là. Je saisi là dans ce message furtivement placé juste avant de raccrocher qu'il me signale être en concurrence avec une jeune femme et un homme, je suppose pour me placer en retrait par rapport à mon grand âge (37) et à ma condition de personne inférieure (femme).

L’agence se situe dans une ruelle pas du tout achalandée, quartier résidentiel dortoir. L’enseigne n’est pas encore posée et l’ancienne arrachée laisse un vide gris ciment au dessus, les vitres sont recouvertes d’un motif opaque aux lettres de la société ne laissant pas passer le regard ni donc percevoir les matériels entreposés. Je me présente avec 15 minutes d'avance et il me demande de patienter le temps de finir avec la jeune femme. Je prends le temps d'admirer mon environnement direct. Bien chauffée par un gros rectangle à vent qui semble à sa place dans une entreprise et que j'imagine moins dans une résidence privée, cette petite sale est très modestement décorée de deux panneaux publicitaires de carton imprimés vaguement délavés qui semblent récupérés dans un autre lieu. Aucune information technique ne s’y lit, un bébé un enfant sur un parquet chauffant. Rien d’autre de bien révolutionnaire comparé à la fonctionnalité du produit vendu. Le futur bureau  Ikea dans son carton déchiré attend, un seul. Pas d’ordinateur, un fax.

Un peu plus tard, sort de la pièce de derrière et passe devant moi une jeune femme toute vêtue de noir aux cheveux bien peignés, je la salue et entre dans la seconde pièce. Salle de démonstration de matériels, encore des affiches passées, un gros ventilateur récupérateur de calories ancien modèle et autres machines rectangulaires. Des matériels dont la fonctionnalité n’est pas expliquée et dont l’esthétique est archaïque. Je le suis dans la troisième pièce, salle de réunion sans fenêtre ou des tables en U nous attendent dans une décoration qui est entièrement à arracher et aucun chantier commencé. C.F me dit être incapable de bricoler et avoir déjà cassé le tréteau Ikea du bureau, ce qui explique l’état de panique de l’entrée. Cette agence, m’explique-t-il, servira à faire des réunions hebdomadaires entre les commerciaux, y sont prévus des ordinateurs.

Je suis invitée à m’asseoir et nous commençons par aborder le travail en lui même. Il me pose quelques questions sur mon expérience puis je lui demande quelle est la marge de prospection, il me coupe la parole en levant les mains : « Attention on ne parle pas de ça chez nous, nous avons un bureau de prospection téléphonique basé au Maroc et nous recevons les rendez vous sur ça ! » : Il me montre un téléphone High-tech plein de touches, pas d’ordinateur. Il me précise que si un rendez vous est annulé et que je suis au fond du département, je dois faire du porte à porte même sans rendez vous, mais on ne parle pas de prospection.

Je précise que mon véhicule est immatriculé en Italie et n’est pas à mon nom, à cela il me répond qu'il peut quelque chose de magique. Je considère que c’est pas mal, mais il ajoute qu’au début c’est lui qui viendra me chercher et me raccompagnera. « Zut ! » j’ai pensé, cela me rendrait tributaire de son bon vouloir et lui assurerait la possibilité de me faire le coup de la panne. Si j’y ai  pensé c’est qu’il a le look et les manières assorties à l’idée !

Il me parle de méthode de vente et de formation, dispensée en une semaine à l’hôtel campanile d’Angoulême. Comme il aime parler de son métier, il évoque des situations: il me raconte comment un mec doit apprendre à se prostituer et précise que ce discours il ne le tiendra pas devant une débutante sortie de l’école mais que moi c’est différent il me sent bien libérée, il insiste là dessus, il me sent bien libérée. Je ne m’offense pas et commence à prendre du recul face au spectacle racoleur. Il explique que lors d’une vente si le couple hésite et qu’il sent qu’il plait à la femme il fait en sorte de s’occuper bien de l’homme mais ne cesse de regarder la femme car il est sûr de son regard. Il fait une pause pour insister sur son regard en précisant qu’il est conscient que c’est son atout principal de vendeur, il me fixe et laisse un silence. Je suppose qu'à ce moment il cherche dans mon regard s'il a raison ou pas, je reste sans ciller, même si cela avait été vrai de toute façon je n'accorde pas ce genre de regard à un futur employeur ou collègue. Pour m’expliquer le débat il utilise ses mains pour placer des faits virtuels sur la table, genre comme ceci ou comme cela, et fait exprès d’effleurer ma main à deux reprises.

Il aborde le sujet en premier, persuadé que j’avais épluché le Web sur la société avant de venir au rendez vous et il avait raison, génération oblige ! J’avais lu les accusations d’arnaques les concernant sur différents forums, à propos d’une soi-disant agence européenne qui n’a rien d’une agence mais tout d’un marchand quelconque. Ok, je demande si la société a porté plainte pour calomnie si les faits énoncés sont faux, ou dédommagé les clients non satisfaits s’il s’est avéré que le matériel soit mis en question. Il ne répond pas à la question et accuse la concurrence de monter ces forums pour les casser et les intervenants de manipulateurs jaloux. Aucunement il ne défend ni le produit vendu ni la société, mais accuse les autres : « c’est pas moi c’est lui ».

Adieu les 35h ! L’annonce n’indiquait assurément pas 14hrs X 6jrs  hebdo ! Il me parle de partir tôt et de rentrer si tard que je ne verrai pas mes enfants le soir. Je réponds que le samedi et le dimanche peuvent suffire à une bonne relation familiale. Mais il dit que les samedis sont consacrés à mes ventes « persos » constituées par les rendez vous prospectés par moi donc non fournis par la centrale d’appels, dénichés à proximité de chez moi, genre mes voisins et paysans alentours, car le samedi un bon vendeur ne reste pas chez lui. Dans mon temps de travail, il est inclus un WE par mois à passer avec lui à l’hôtel pour les réunions régionales et deux WE par an pour les réunions et  « incentives » nationaux. C’est obligatoire il insiste là dessus d’un air sérieux en regardant ses mains, je devrai aller à l’hôtel avec lui à ces réunions. Soudain son expression change et s’ouvre pour mettre en valeur le fait que la dernière réunion nationale ils ont fait du bateau, espérant me faire passer plus agréablement la pilule.

Nous sommes interrompus par un « client » qui entre dans l’agence. C.F disparaît, comme un majordome au retentissement de la sonnette « métier oblige ». Je l’entends parler et il ne répond pas aux questions du client qui semble réciter sont texte. Pas le vendeur, le client semble réciter son texte. Je décide de les rejoindre, amusée, pour écouter le « maître » faire son « show » et voir la scène. Le client vaguement denté demande combien ça coûte le gros ventilateur de 150 cm de haut et autant de large et comment ça marche. C.F répond « rien monsieur ! Le même prix que ce vous dépensez en fioul, et dans 5 ans c’est à vous vous ne payez plus, ça prend les calories dehors et ça chauffe votre maison » et à la question ou je le mets ce chauffage  il répond « sur votre façade ». Là je me suis retenue de rire. Je crois que ce type est un clochard auquel il a demandé de venir contre un billet.

L’entretien se termine, et il me dit que je dois réfléchir car les conditions de travail bouleverseront ma vie comme elles ont bouleversé la sienne. Je demande en quoi et il me répond qu'il vit sans femme et qu'il voit ses enfants le dimanche seulement mais que c'est un choix de vie. Il me prédit que mon mariage se finira assurément mais que je peux me faire plein d'argent.

Il m'est physiquement impossible de travailler 14 heures par jour et de me taper le petit gros les WE au campanile. Quand à ses méthodes d'entretien, que dire. Peut être que si je lui téléphone pour lui dire que je ne couche pas que je rentre à 18h et que sa balade en bateau je m'en fous vu que mon père est amarré à St Laurent du Var, et que si il me touche encore la main je lui envoie tous les ex maris de ma mère, ceux de ma sœur, les miens et mon frère. Ma mère m'avait demandé de penser à porter pour au cas où on ne sait jamais, ma mini vendetta dans ma poche, et nous avions bien rit. Que dire de moi, aller à un entretien d'embauche avec dans le sac à main une lame courbe de 15cm sur laquelle il y a écrit «  morte al nemico », mais rassurez vous, ma lame la plus aiguisée reste la plus civilisée, celle de mon verbe !

Posté par Medusa Arte à 15:55 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

Et bien!que signifie nemico?
Bon courage Cathy!
Bisous

Posté par Sabine Alienor, 06 novembre 2008 à 23:30

Poster un commentaire